Ce que 309 témoignages révèlent sur le harcèlement moral au travail
Résultats d'une enquête exploratoire menée auprès de 309 personnes s'interrogeant sur leur situation professionnelle. 21 mois de collecte, 6 résultats clés, des données que personne d'autre ne partage.
L'auteur de cette étude n'est ni avocat, ni professionnel de santé. Ces données ont une vocation informative et sociologique et ne remplacent pas une consultation juridique ou médicale personnalisée. En savoir plus sur notre méthodologie.
Méthodologie et limites
Protocole
- Questionnaire en ligne auto-administré, accessible sur harcelementmoralautravail.com
- Collecte du 12 septembre 2022 au 13 juin 2024 (21 mois)
- 309 répondants avec réponses exploitables
- Deux versions successives du questionnaire avec tronc commun harmonisé (v1 : 212 répondants, v2 : 97 répondants)
- Données collectées de façon anonyme, avec le consentement des participants et dans le strict respect du RGPD
Limites assumées
- Échantillon auto-sélectionné : les répondants sont des personnes s'interrogeant déjà sur leur situation. Ces résultats ne sont pas extrapolables à l'ensemble des salariés français.
- Biais déclaratif : les réponses reflètent le vécu perçu, non un diagnostic médical ou juridique établi.
- Pas de groupe contrôle : cette étude exploratoire décrit un profil de répondants, elle ne prétend pas établir de prévalence.
- Certaines questions n'étaient présentes que dans une version du questionnaire. Les effectifs (n) sont précisés pour chaque résultat.
Malgré ces limites, cette enquête constitue l'un des rares recueils de données de première main auprès de personnes confrontées au harcèlement moral au travail en France. Les tendances observées sont cohérentes avec la littérature existante (Hirigoyen, 1998 ; Leymann, 1996) et les statistiques institutionnelles (enquête Conditions de travail, DARES).
Le mur du silence : 2 répondants sur 3 n'ont alerté personne
Sur 212 répondants ayant répondu à cette question, 66% n'ont alerté personne de leur situation — ni direction, ni représentants du personnel, ni médecin du travail, ni inspection du travail.
Parmi les 34% ayant alerté quelqu'un, la direction arrive en tête (52 personnes), suivie du médecin du travail (32) et de l'inspection du travail (seulement 7). 65% de ces alertes n'ont pas été formulées par écrit.
Base : 212 répondants (v1). Réponses multiples possibles.
Pourquoi c'est important
L'article L.1152-1 du Code du travail protège les salariés victimes de harcèlement. Mais sans alerte formalisée, l'employeur peut arguer qu'il n'a jamais été informé — et échapper à son obligation de prévention.
Comment constituer des preuvesLe critère légal est massivement rempli : 93% d'agissements répétés
L'article L.1152-1 du Code du travail définit le harcèlement moral par des « agissements répétés ». Dans notre enquête, 93% des répondants décrivent des agissements répétés, et 71% les subissent à une fréquence hebdomadaire ou quotidienne.
Base : 296 répondants ayant renseigné la fréquence.
Mise en perspective juridique
La Cour de cassation a confirmé le 11 mars 2025 (n° 23-16.415) que le harcèlement peut être reconnu même sans dégradation effective de l'état de santé. La seule possibilité d'une dégradation suffit.
Reconnaître les formes de harcèlementUn système, pas un incident : 3,4 types d'agissements en moyenne
Les répondants décrivent en moyenne 3,4 types d'agissements distincts. Près d'un sur deux (49%) en subit 4 ou plus simultanément. Le harcèlement moral n'est presque jamais un comportement isolé : c'est un système.
Types d'agissements les plus fréquents
Base : 309 répondants. Réponses multiples.
Cumul des agissements
Marie-France Hirigoyen identifie 4 catégories d'agissements dans Le harcèlement moral (1998) : atteintes aux conditions de travail, isolement, atteintes à la dignité, violence verbale/physique. Nos données montrent que la majorité des répondants subit des agissements relevant de plusieurs catégories simultanément.
Le fossé probatoire : 57% sans preuve écrite, mais 74% ont des témoins
Le paradoxe central de ces données : 57% des répondants n'ont aucune preuve écrite des agissements qu'ils subissent, alors que 74% identifient des témoins potentiels.
Le croisement le plus frappant : parmi les répondants ayant répondu aux deux questions, 47% n'ont ni preuve écrite, ni alerte par écrit. Ils sont juridiquement quasi-invisibles. À l'inverse, seuls 26% ont à la fois une preuve écrite et une alerte formalisée.
Ce que dit la jurisprudence
La Cour de cassation a jugé le 10 juillet 2024 (n° 23-14.900) que les enregistrements réalisés à l'insu du harceleur peuvent être recevables si la preuve est indispensable et proportionnée. Une avancée majeure pour les 57% qui n'ont pas de trace écrite.
Constituer un dossier de preuvesLe corps alerte avant l'esprit : 87% de douleurs physiques
Parmi les 97 répondants de la version 2 du questionnaire, 87% rapportent des douleurs physiques liées à leur situation professionnelle. Sur l'ensemble des répondants, 93% décrivent avoir la « boule au ventre » en se rendant au travail.
Le croisement avec l'arrêt maladie est éclairant : parmi les répondants ayant consulté un médecin pour des symptômes physiques, 49% sont en arrêt maladie, contre seulement 8% chez ceux qui n'ont pas consulté. Le parcours se dessine : douleurs physiques, consultation, arrêt.
Croisement clé : arrêt maladie chez ceux ayant consulté un médecin = 49% vs. 8% chez ceux n'ayant pas consulté. Le corps envoie des signaux bien avant que la victime ne les identifie comme liés au harcèlement.
Lien avec la jurisprudence
Le 6 mai 2025 (n° 23-17.005), la Cour de cassation a jugé que lorsque l'inaptitude résulte d'un harcèlement moral (burn-out), le licenciement pour inaptitude est nul. Le salarié peut obtenir sa réintégration ou une indemnisation sans plafond.
L'angle mort juridique : 71% n'ont pas pensé à un avocat
71% des répondants n'ont pas envisagé de se faire aider par un avocat. Ce chiffre est d'autant plus préoccupant que 84% envisagent de quitter leur entreprise à cause de la situation (v2).
Le croisement le plus glaçant concerne les ruptures de contrat : parmi les répondants ayant signé une rupture conventionnelle, aucun n'avait consulté d'avocat au préalable. Ils ont signé sans connaître leurs droits — alors que la jurisprudence permet d'annuler une rupture conventionnelle signée sous la contrainte d'un harcèlement moral.
Formes de rupture observées
Base : 18 ruptures de contrat sur 212 répondants (v1).
Ce que vous devez savoir
Une rupture conventionnelle signée dans un contexte de harcèlement peut être annulée pour vice du consentement. La Cour d'appel de Paris a jugé le 12 février 2025 que des pressions pour contraindre un salarié à négocier un départ constituent un harcèlement moral entraînant la nullité.
Ce que ces données révèlent
Pris ensemble, ces 6 résultats dessinent un parcours type qui se répète d'un répondant à l'autre : des agissements répétés et multiformes (résultats 2 et 3), un silence quasi-total (résultat 1), un corps qui sonne l'alerte par des douleurs physiques et un stress chronique (résultat 5), une absence de preuves formalisées (résultat 4), et un angle mort juridique qui laisse les victimes sans défense au moment de la rupture (résultat 6).
Ce parcours n'est pas une fatalité. Chacun de ces maillons peut être brisé : constituer des preuves, alerter par écrit, consulter un avocat compétent, documenter l'impact sur sa santé.
Cette enquête ne prétend pas être une étude scientifique au sens académique. Mais elle offre quelque chose de rare : un regard direct sur ce que vivent les personnes confrontées au harcèlement moral au travail en France — un vécu trop souvent invisible dans les statistiques officielles.
Un phénomène rarement isolé : 59% connaissent d'autres victimes
Base : 308 répondants.
Ce résultat fait écho à l'arrêt historique de la Cour de cassation du 21 janvier 2025 (n° 22-87.145) qui consacre le harcèlement moral institutionnel dans l'affaire France Télécom : une politique d'entreprise dégradant les conditions de travail des salariés constitue un harcèlement moral, même sans cibler un individu en particulier.
Reconnaître un management toxiqueLes 6 résultats clés en un coup d'oeil
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Comment citer
« Étude HMAT — Harcèlement Moral au Travail : 309 témoignages (2022-2024). harcelementmoralautravail.com, publié le 15 mars 2026. »
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Accès aux données anonymisées
Les données anonymisées de cette enquête peuvent être mises à disposition des chercheurs, journalistes, avocats et organisations dont les motivations nous paraissent pertinentes et compatibles avec la protection des répondants.
Ces données ont été collectées de façon anonyme, avec le consentement explicite des participants et dans le strict respect du Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD). Aucune donnée permettant l'identification directe ou indirecte des répondants ne sera transmise.
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Questions fréquentes sur l'étude
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