Données exclusives309 répondants

Ce que 309 témoignages révèlent sur le harcèlement moral au travail

Résultats d'une enquête exploratoire menée auprès de 309 personnes s'interrogeant sur leur situation professionnelle. 21 mois de collecte, 6 résultats clés, des données que personne d'autre ne partage.

Dernière vérification : mars 2026
Code du travailCour de cassationHirigoyen · Leymann · Dejours

L'auteur de cette étude n'est ni avocat, ni professionnel de santé. Ces données ont une vocation informative et sociologique et ne remplacent pas une consultation juridique ou médicale personnalisée. En savoir plus sur notre méthodologie.

309
Répondants
anonymes
21
Mois de collecte
sept. 2022 — juin 2024
6
Résultats clés
documentés
93%
Agissements répétés
critère légal L.1152-1

Méthodologie et limites

Protocole

  • Questionnaire en ligne auto-administré, accessible sur harcelementmoralautravail.com
  • Collecte du 12 septembre 2022 au 13 juin 2024 (21 mois)
  • 309 répondants avec réponses exploitables
  • Deux versions successives du questionnaire avec tronc commun harmonisé (v1 : 212 répondants, v2 : 97 répondants)
  • Données collectées de façon anonyme, avec le consentement des participants et dans le strict respect du RGPD

Limites assumées

  • Échantillon auto-sélectionné : les répondants sont des personnes s'interrogeant déjà sur leur situation. Ces résultats ne sont pas extrapolables à l'ensemble des salariés français.
  • Biais déclaratif : les réponses reflètent le vécu perçu, non un diagnostic médical ou juridique établi.
  • Pas de groupe contrôle : cette étude exploratoire décrit un profil de répondants, elle ne prétend pas établir de prévalence.
  • Certaines questions n'étaient présentes que dans une version du questionnaire. Les effectifs (n) sont précisés pour chaque résultat.

Malgré ces limites, cette enquête constitue l'un des rares recueils de données de première main auprès de personnes confrontées au harcèlement moral au travail en France. Les tendances observées sont cohérentes avec la littérature existante (Hirigoyen, 1998 ; Leymann, 1996) et les statistiques institutionnelles (enquête Conditions de travail, DARES).

Résultat n°1

Le mur du silence : 2 répondants sur 3 n'ont alerté personne

Sur 212 répondants ayant répondu à cette question, 66% n'ont alerté personne de leur situation — ni direction, ni représentants du personnel, ni médecin du travail, ni inspection du travail.

Parmi les 34% ayant alerté quelqu'un, la direction arrive en tête (52 personnes), suivie du médecin du travail (32) et de l'inspection du travail (seulement 7). 65% de ces alertes n'ont pas été formulées par écrit.

N'a alerté personne66%(n=141)
A alerté la direction25%(n=52)
A alerté le médecin du travail15%(n=32)
A alerté l'inspection du travail3%(n=7)

Base : 212 répondants (v1). Réponses multiples possibles.

Pourquoi c'est important

L'article L.1152-1 du Code du travail protège les salariés victimes de harcèlement. Mais sans alerte formalisée, l'employeur peut arguer qu'il n'a jamais été informé — et échapper à son obligation de prévention.

Comment constituer des preuves
Résultat n°2

Le critère légal est massivement rempli : 93% d'agissements répétés

L'article L.1152-1 du Code du travail définit le harcèlement moral par des « agissements répétés ». Dans notre enquête, 93% des répondants décrivent des agissements répétés, et 71% les subissent à une fréquence hebdomadaire ou quotidienne.

Fréquence quotidienne32%(n=96)
Fréquence hebdomadaire39%(n=118)
Fréquence mensuelle17%(n=52)

Base : 296 répondants ayant renseigné la fréquence.

Mise en perspective juridique

La Cour de cassation a confirmé le 11 mars 2025 (n° 23-16.415) que le harcèlement peut être reconnu même sans dégradation effective de l'état de santé. La seule possibilité d'une dégradation suffit.

Reconnaître les formes de harcèlement
Résultat n°3

Un système, pas un incident : 3,4 types d'agissements en moyenne

Les répondants décrivent en moyenne 3,4 types d'agissements distincts. Près d'un sur deux (49%) en subit 4 ou plus simultanément. Le harcèlement moral n'est presque jamais un comportement isolé : c'est un système.

Types d'agissements les plus fréquents

Dévalorisation51%(n=159)
Multiplication de reproches51%(n=158)
Pressions49%(n=151)
Mise à l'écart47%(n=145)
Humiliations publiques/privées37%(n=115)
Énervements33%(n=102)
Agressions verbales25%(n=76)
Cris15%(n=45)

Base : 309 répondants. Réponses multiples.

Cumul des agissements

1 seul type34%(n=107)
2 à 3 types16%(n=50)
4 types ou plus49%(n=152)

Marie-France Hirigoyen identifie 4 catégories d'agissements dans Le harcèlement moral (1998) : atteintes aux conditions de travail, isolement, atteintes à la dignité, violence verbale/physique. Nos données montrent que la majorité des répondants subit des agissements relevant de plusieurs catégories simultanément.

Résultat n°4

Le fossé probatoire : 57% sans preuve écrite, mais 74% ont des témoins

Le paradoxe central de ces données : 57% des répondants n'ont aucune preuve écrite des agissements qu'ils subissent, alors que 74% identifient des témoins potentiels.

Le croisement le plus frappant : parmi les répondants ayant répondu aux deux questions, 47% n'ont ni preuve écrite, ni alerte par écrit. Ils sont juridiquement quasi-invisibles. À l'inverse, seuls 26% ont à la fois une preuve écrite et une alerte formalisée.

57%
Sans preuve écrite
(n=177)
74%
Ont des témoins
(n=229)
47%
Ni preuve ni alerte écrite
(n=100/212)
26%
Preuve + alerte écrite
(n=56/212)

Ce que dit la jurisprudence

La Cour de cassation a jugé le 10 juillet 2024 (n° 23-14.900) que les enregistrements réalisés à l'insu du harceleur peuvent être recevables si la preuve est indispensable et proportionnée. Une avancée majeure pour les 57% qui n'ont pas de trace écrite.

Constituer un dossier de preuves
Résultat n°5

Le corps alerte avant l'esprit : 87% de douleurs physiques

Parmi les 97 répondants de la version 2 du questionnaire, 87% rapportent des douleurs physiques liées à leur situation professionnelle. Sur l'ensemble des répondants, 93% décrivent avoir la « boule au ventre » en se rendant au travail.

Le croisement avec l'arrêt maladie est éclairant : parmi les répondants ayant consulté un médecin pour des symptômes physiques, 49% sont en arrêt maladie, contre seulement 8% chez ceux qui n'ont pas consulté. Le parcours se dessine : douleurs physiques, consultation, arrêt.

Boule au ventre93%(n=288)
Douleurs physiques (v2)87%(n=85)
Ont consulté un médecin66%(n=142)
En arrêt maladie35%(n=76)

Croisement clé : arrêt maladie chez ceux ayant consulté un médecin = 49% vs. 8% chez ceux n'ayant pas consulté. Le corps envoie des signaux bien avant que la victime ne les identifie comme liés au harcèlement.

Lien avec la jurisprudence

Le 6 mai 2025 (n° 23-17.005), la Cour de cassation a jugé que lorsque l'inaptitude résulte d'un harcèlement moral (burn-out), le licenciement pour inaptitude est nul. Le salarié peut obtenir sa réintégration ou une indemnisation sans plafond.

Résultat n°6

L'angle mort juridique : 71% n'ont pas pensé à un avocat

71% des répondants n'ont pas envisagé de se faire aider par un avocat. Ce chiffre est d'autant plus préoccupant que 84% envisagent de quitter leur entreprise à cause de la situation (v2).

Le croisement le plus glaçant concerne les ruptures de contrat : parmi les répondants ayant signé une rupture conventionnelle, aucun n'avait consulté d'avocat au préalable. Ils ont signé sans connaître leurs droits — alors que la jurisprudence permet d'annuler une rupture conventionnelle signée sous la contrainte d'un harcèlement moral.

N'ont pas pensé à un avocat71%(n=152)
Envisagent de quitter (v2)84%(n=82)

Formes de rupture observées

6
Ruptures conventionnelles
6
Licenciements
4
Démissions

Base : 18 ruptures de contrat sur 212 répondants (v1).

Ce que vous devez savoir

Une rupture conventionnelle signée dans un contexte de harcèlement peut être annulée pour vice du consentement. La Cour d'appel de Paris a jugé le 12 février 2025 que des pressions pour contraindre un salarié à négocier un départ constituent un harcèlement moral entraînant la nullité.

Ce que ces données révèlent

Pris ensemble, ces 6 résultats dessinent un parcours type qui se répète d'un répondant à l'autre : des agissements répétés et multiformes (résultats 2 et 3), un silence quasi-total (résultat 1), un corps qui sonne l'alerte par des douleurs physiques et un stress chronique (résultat 5), une absence de preuves formalisées (résultat 4), et un angle mort juridique qui laisse les victimes sans défense au moment de la rupture (résultat 6).

Ce parcours n'est pas une fatalité. Chacun de ces maillons peut être brisé : constituer des preuves, alerter par écrit, consulter un avocat compétent, documenter l'impact sur sa santé.

Cette enquête ne prétend pas être une étude scientifique au sens académique. Mais elle offre quelque chose de rare : un regard direct sur ce que vivent les personnes confrontées au harcèlement moral au travail en France — un vécu trop souvent invisible dans les statistiques officielles.

Un phénomène rarement isolé : 59% connaissent d'autres victimes

Ne connaissent pas d'autres victimes41%(n=129)
Connaissent 1 autre victime23%(n=73)
Connaissent 2 autres victimes15%(n=48)
Connaissent 3 victimes ou plus17%(n=54)

Base : 308 répondants.

Ce résultat fait écho à l'arrêt historique de la Cour de cassation du 21 janvier 2025 (n° 22-87.145) qui consacre le harcèlement moral institutionnel dans l'affaire France Télécom : une politique d'entreprise dégradant les conditions de travail des salariés constitue un harcèlement moral, même sans cibler un individu en particulier.

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Les 6 résultats clés en un coup d'oeil

Cette infographie est libre de partage sous licence CC BY-NC 4.0 — merci de citer HMAT comme source.

Infographie HMAT : 6 résultats clés de l'étude sur le harcèlement moral au travail — 309 témoignages, 2022-2024. 66% n'alertent personne, 93% d'agissements répétés, 3,4 types d'agissements en moyenne, 57% sans preuve écrite, 87% de douleurs physiques, 71% n'ont pas pensé à un avocat.

Licence, citation et accès aux données

Licence CC BY-NC 4.0

Cette étude et ses données sont publiées sous licence Creative Commons BY-NC 4.0.

  • Vous pouvez citer, partager et adapter ces résultats
  • À condition de mentionner la source (voir ci-dessous)
  • Toute réutilisation commerciale nécessite une autorisation écrite

Comment citer

« Étude HMAT — Harcèlement Moral au Travail : 309 témoignages (2022-2024). harcelementmoralautravail.com, publié le 15 mars 2026. »

Pour toute citation dans un article de presse, un mémoire universitaire ou une publication professionnelle, merci de renvoyer vers cette page.

Accès aux données anonymisées

Les données anonymisées de cette enquête peuvent être mises à disposition des chercheurs, journalistes, avocats et organisations dont les motivations nous paraissent pertinentes et compatibles avec la protection des répondants.

Ces données ont été collectées de façon anonyme, avec le consentement explicite des participants et dans le strict respect du Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD). Aucune donnée permettant l'identification directe ou indirecte des répondants ne sera transmise.

Pour toute demande, contactez-nous en précisant votre identité, votre organisme et l'usage prévu :

Vous vous reconnaissez dans ces chiffres ?

Ces données viennent de personnes comme vous. Notre questionnaire confidentiel vous aide à clarifier votre situation et à identifier les actions concrètes à votre disposition.

FAQ

Questions fréquentes sur l'étude

Les réponses aux questions les plus recherchées sur les statistiques du harcèlement moral au travail.

Quel pourcentage de victimes de harcèlement moral alertent leur employeur ?

Selon l'enquête HMAT menée auprès de 309 répondants (2022-2024), seulement 34% des personnes confrontées au harcèlement moral ont alerté quelqu'un de leur situation. 66% n'ont alerté personne — ni direction, ni représentants du personnel, ni médecin du travail. Parmi ceux ayant alerté, 65% ne l'ont pas fait par écrit, ce qui fragilise leur position juridique.

Quels sont les agissements de harcèlement moral les plus fréquents au travail ?

D'après les 309 témoignages recueillis par HMAT, les agissements les plus fréquents sont : la dévalorisation (51%), la multiplication de reproches (51%), les pressions (49%), la mise à l'écart (47%), les humiliations publiques ou privées (37%), les énervements (33%) et les agressions verbales (25%). En moyenne, chaque répondant subit 3,4 types d'agissements simultanément.

Combien de victimes de harcèlement moral ont des preuves écrites ?

Seulement 42% des répondants disposent de preuves écrites des agissements qu'ils subissent (enquête HMAT, 309 répondants). 57% n'en ont aucune. Cependant, 74% identifient des témoins potentiels. La Cour de cassation a jugé en juillet 2024 (n° 23-14.900) que les enregistrements réalisés à l'insu du harceleur peuvent être recevables comme preuve.

Quel est le lien entre harcèlement moral et arrêt maladie ?

L'enquête HMAT révèle que 35% des répondants sont en arrêt maladie, 87% rapportent des douleurs physiques et 93% décrivent avoir la « boule au ventre ». Le croisement est significatif : parmi ceux ayant consulté un médecin, 49% sont en arrêt maladie, contre 8% chez ceux n'ayant pas consulté. La Cour de cassation a jugé le 6 mai 2025 (n° 23-17.005) que le licenciement pour inaptitude consécutif à un harcèlement est nul.

Les victimes de harcèlement moral consultent-elles un avocat ?

Non, dans une large majorité : 71% des répondants de l'enquête HMAT n'ont pas envisagé de se faire aider par un avocat. Ce chiffre est d'autant plus préoccupant que 84% envisagent de quitter leur entreprise. Parmi les ruptures conventionnelles observées dans l'étude, aucune n'avait été précédée d'une consultation juridique — alors que la jurisprudence permet d'annuler une rupture conventionnelle signée sous la contrainte du harcèlement.